Méthodes d’éducations, constats et explications.

Par Antonin Tran

Entraîneur chef, Académie Esports de Montréal
Entraîneur chef, Club Esport de l’Université de Montréal

Bonjour lecteur, aujourd’hui j’ai fait pleurer un enfant. Ce n’est bien sûr pas une fierté mais le constat que ma pédagogie et le mode d’enseignement que j’utilise auprès des participants des camps mérite une sérieuse remise en question lorsque je l’utilise auprès d’enfants en bas âge.

 

Mise en situation

Nous sommes le premier jour de la 7eme semaine de camp d’été à Montréal Esports et comme tous les débuts de semaine, Maxime, Kenneth et moi essayons de corriger les erreurs de positionnement les plus évidentes et les plus dangereuses pour la santé. Nous laissons les participants utiliser les boutons et les raccourcis qu’ils veulent dans la mesure où cela ne présente aucun risque pour leur santé.

 

Ergonomie et risques de blessures

Les blessures aux poignets sont de réels problèmes chez les joueurs, en effet ces derniers sont rarement guidés sur la manière de tenir une souris ou de positionner leurs mains sur un clavier et cela peut entraîner des pratiques dangereuses. Puisque les jeunes joueurs ne sont ni guidés ni corrigés dans la manière dont ils utilisent leur matériel, ils adoptent diverses solutions pour répondre aux problématiques qu’ils rencontrent, comme par exemple avoir de trop petites mains (inadaptées aux claviers standards). Nous proposons donc des solutions adaptées qui limitent le risque de blessure. Dans un premier temps nous expliquons comment les blessures peuvent apparaître et quelles parties anatomiques (muscles, tendons-ligaments, articulations…) sont vulnérables en fonction de leur position. Après l’explication nous offrons un exemple de position le plus sain possible (tenir une souris / clavier 10h+ par jour n’est pas sain quelle que soit la manière). Généralement le participant, comprenant qu’il risque de se blesser, essaie d’adopter la méthode qu’on lui propose et souvent, après une période d’adaptation, nous dit qu’il se sent mieux très rapidement.

 

Changements ergonomiques et pertes de performances temporaires

Cette période d’adaptation est toujours accompagnée d’une perte de la performance initiale, c’est normal, il faut bien s’habituer et désapprendre les mauvaises habitudes. D’ailleurs nous proposons aussi des changements de configuration des raccourcis clavier / souris qui améliorent la performance mais nous sommes beaucoup moins insistants que pour les pratiques qui ont de lourdes conséquences sur la santé. La perte de performance est systématiquement mal vécue et l’enfant l’accepte mal et nous intervenons de nouveau pour cette fois expliquer que la perte de performance est normale mais passagère. Habituellement les participants comprennent ce discours et finissent par obtenir une amélioration générale de leur performance en fin de semaine, avec en plus un positionnement et une configuration adaptés à l’entraînement personnel. Jusqu’à présent ce discours avait fonctionné avec près de 80 participants de 11 à 17 ans. Aujourd’hui un jeune participant de 7 ans (notre plus jeune jusqu’à présent) a très mal vécu la frustration de la perte de la performance, il a pleuré.

 

Facteurs en causes

Dans un premier temps plusieurs choses peuvent entrer en jeu, la première étant qu’à 7 plus qu’à 11+ ans, la frustration s’exprime par les pleures. Ensuite, et c’est le point que je souhaite aborder, le mode de transmission de l’information que nous utilisons n’est pas forcément le plus adapté pour de très jeunes participants.

 

Transmission de l’information

Dans le modèle que je propose, la transmission de l’information s’effectue autour de 2 articulations, la compréhension et la responsabilisation. Compréhension du contenu et responsabilisation de la pratique. Nous préférons que la transmission ne soit pas imposée par une source extérieur, ni introjectée (internalisation d’une pression extérieure).

 

La démarche

La motivation de l’élève doit provenir de sa compréhension de l’importance de sa démarche et son choix personnel. C’est pour ça que nous mettons l’accent sur la compréhension et l’acceptation des désirs internes des participants. Avant toute forme d’entraînement nous essayons d’identifier les désirs (“les plus”) personnels et ceux internalisés (généralement une représentation-transfert du désir parental) et nous les lui reflétons afin que le choix de l’entraînement soit identifié par le participant comme lui étant propre. Une fois que le participant identifie l’entraînement comme son propre choix, sa propre démarche, il devient beaucoup plus volontaire à s’impliquer dans la pratique, il accepte aussi certains aspects négatifs qui viennent avec l’entraînement (durée, frustration face à l’échec, souffrance…). Il comprend sa position, celle de l’élève, par rapport au personnel encadrant et peut exprimer des besoins en rapport direct avec son entraînement. L’effort de compréhension permet ainsi à l’élève d’être le maître de son entraînement.

Pour résumer, le participant doit comprendre la raison de l’entraînement, c’est à dire l’objectif personnel, accepter et suivre une démarche d’entraînement, c’est la méthode, et enfin, exiger que cette méthode tienne compte de l’intégrité du sportif, c’est le respect de soi qui est aussi le premier pas vers le respect de l’autre.

Ouverture

Nous n’avons pas pu utiliser notre méthodologie avec ce jeune participant, car justement les préoccupations liées à son jeune âge n’étaient pas les mêmes que celles des participants plus âgés. Les idées de compétition, de sacrifice, de bénéfices à long terme ne sont peut-être pas non plus des concepts faciles à appréhender pour un jeune joueur et ce même si l’idée de performance, elle est vécue très concrètement. Au lieux d’une forme très introspective, tournée vers le soi, nous aurions pu utiliser une méthode tournée vers l’extérieur telle que l’éveil par le jeu.